Tristan Dassonville

Vit et travaille dans la Somme

Titre

Tristan Dassonville propose une pérégrination sur les pentes escarpées du rocher de Turlande, une sorte de quête sans héros. S’inspirant de la nouvelle de jeunesse de William Morris « Le Pays Creux », fable chevaleresque empreinte de doute et de recherche de sens, le parcours se lit comme une réécriture visuelle du texte.

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William Morris (1834-1896) est une des figures les plus remarquables de l’époque victorienne. Et pourtant, de son vivant, il a été en marge de cette brillante période. S’il est fasciné par les multiples possibilités qu’offrent les découvertes de ses contemporains, il est horrifié par le potentiel de destruction que charrient ces inventions. Destruction de l’artisanat par la production industrielle. Et destruction de la société par la création de nouveaux esclaves : les ouvriers. Ainsi, derrière l’extrême variété de l’œuvre de ce touche-à-tout, décorateur, imprimeur, typographe, traducteur, on trouve une profession de foi en l’absolue nécessité de surmonter les dangers de la modernité. Sa passion pour les papiers-peints est la première manifestation de cette idée, car le papier-peint est une manière de faire entrer une forme de luxe dans les maisons ouvrières. Puis, Morris se lance dans des conférences publiques pour exprimer ses idéaux, puis, il participe à la fondation d’un parti politique. Mais c’est vers la fin de sa vie qu’il parvient comme à une synthèse de ses aspirations : se détachant nettement des écrivains de son temps qui, pour parler au monde ouvrier, vont vers un naturalisme accru, il part dans la direction opposée. Il imagine des mondes imaginaires, échos du Moyen Âge européen, où ses héros retrouvent l’idéalisme que l’époque industrielle a perdu. Morris croise les romans de chevalerie de Walter Scott avec un univers magique à mi-chemin du conte et du récit gothique. Toutefois, si ces romans sont souvent, explicitement, des moyens de mettre en scène et en images des idées chères à Morris (la fraternité universelle, l’amitié), il s’en dégage, implicitement, quelque chose de moins lumineux, de plus sombre. En effet, on ne professe jamais que les idées que l’on désire, mais qui nous demeurent inaccessibles, et, à la lecture de ces fables merveilleuses, on sent une faille, une anxiété qui est, elle aussi, un écho du Moyen Âge : cette idée que l’idéal est nécessaire, mais qu’il restera toujours lointain, difficile.

David Meulemans