2016

Exposition à la halle aux Bleds

Exotique ? Vous avez dit exotique !

Le troisiéme volet de la biennale « Chemin d’art » se consacre au lien entre le haut et le bas de la ville, entre le siège du pouvoir, la ville haute avec son évèché et sa mairie, et la ville basse avec son faubourg qui concentre dans l’histoire les activités de production. Cette relation singulière s’inscrit dans un paysage particulier fait de cheminements escarpés et de points de vues tranchés. Dans l’ascension de la ville haute, le regard est posé sur le proche, le détail, parfois attiré par la hauteur à conquérir. Inversement, dans la descente le regard est happé par le lointain proche et l’immensité du paysage. La biennale propose aux 4 artistes invités d’explorer ce rapport, cet axe qui dessine un décentrement, c’est-à-dire un « regard éloigné » pour reprendre les mots de Lévi-Strauss.
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Les archéologues qualifient d’in situ les objets mobiliers retrouvés à la place où ils étaient censés être en usage. En muséologie in situ désigne la conservation des éléments archéologiques en lieu et place de leur découverte. En art contemporain, il semble que le terme in situ ait été utilisé pour la première fois par Barbara Rose dans sa monographie sur Claes Oldenburg au sujet d’une oeuvre sur le campus de la Yale University réalisée en 1969.

« In situ signale un lien organique explicite entre les éléments donnés et leur situation…» ; cette définition énonce le caractère organique donc complexe de la création sur un site. Dans un contexte donné, l’oeuvre ne peut avoir d’autre réalité qu’inscrite dans les circonstances pour lesquelles elle est prévue. Le lien entre contextes et éléments constitutifs de l’oeuvre, s’il s’avère capital, ne signifie aucunement une qualité de révélation du lieu mais un processus combinatoire entre opacité et visibilité.
Au coeur de ces notions se noue le dialogue, l’artiste se lie au site et c’est bien l’oeuvre qui contient des traits du site sur lequel elle est implantée.

La production d’oeuvres in situ à Saint-Flour renouvelle les approches esthétiques et les points de vue sur la ville, son histoire, son patrimoine architectural et paysager. Le fait de créer pour l’espace public revêt un caractère « autoritaire » parce qu’imposé pour un temps au regard de tous. Ce n’est rien de moins que la marque de toute action publique dans l’espace public. Le caractère événementiel, entendu ici comme une perturbation de l’espace commun, concède à la manifestation une plus large audience auprès d’un public peu habitué aux lieux dédiés à l’art d’aujourd’hui. Les artistes avisent dans une situation renouvelée de création entre le principe coutumier de l’atelier et celui ponctuel et singulier du centre d’art dans la ville.

Les artistes invités ne sont pas soumis au seul cadre architectural mais aux pratiques sociales, à l’histoire du lieu, aux propositions des oeuvres patrimoniales. L’ensemble figure le nouveau contexte de l’atelier, un nouveau cadre de production.

La ville de Saint-Flour devenant le cadre renouvelé du centre d’art, une sorte de parc d’attraction où sont testés non les attractions du divertissement forain mais celles de la création. Les deux ayant une finalité commune, l’acte de fréquenter, c’est-à-dire d’expérimenter des émotions enfouies. Les artistes à l’instar des forains sont attendus dans le registre de l’enchantement. Ici, l’enchantement est entendu comme
le puissant pouvoir d’influence inexplicable s’exerçant sur l’esprit et sur les sens mais aussi sur la qualité à rejouer les caractères
de la cité. C’est bien dans cette dialectique entre enchantement et capacité à rejouer, c’est-à dire à remettre en jeu ce qui est, que les artistes ont été choisis. Chemin d’art ambitionne d’agir sur l’imaginaire du territoire tant du point de vue du paysage que des pratiques et des usages qu’en ont les habitants, permanents ou occasionnels.
Le paysage quotidiennement arpenté n’est plus vu quand à celui qu’on est venu regarder, il se cache.

Chemin d’art 2016

Les oeuvres